PAF TRIO
Théâtre 21 mai 2005

L'Ardennais 26 mai

PAF TRIO à Charleville-Mézières :
Ludique et élégant.


Charleville Action Jazz recevait mardi 21 Mai au Théâtre le PAF TRIO.
Si cette formation est souvent associée au nom de Paolo Fresu, il s'agit en fait de la réunion de trois fortes personnalités travaillant ensemble depuis 15 ans, Antonello Salis et Furio Di Castri partageant le leadership et les compositions avec le trompettiste sarde.

Le plaisir, visiblement ressenti sur scène par les musiciens, est transmis instantanément au public qui réagit dès la fin du premier morceau par une ovation des plus chaleureuses. D'emblée, on est conquis par le bugle de Paolo Fresu qui justifie la réputation de ce musicien : un des plus beaux sons de la planète jazz, parfaitement maîtrisé, avec des effets électroniques gérés avec parcimonie, préservant le plus souvent le grain naturel de l'instrument. Et quel phrasé ! Fluide, limpide, évident…
Très rapidement le phénomène Antonello Salis vient perturber le bon ordre des choses, lâchant de la main droite des salves de notes percussives d'une manière très inattendue, pendant que la main gauche installe un ostinato rythmique….
Entre Paolo très décontracté, affalé sur sa chaise, et Antonello bondissant sur son tabouret, Furio Di Castri, impérial derrière sa contrebasse, fait le lien, pose les fondations permettant à ses compères toutes les audaces. Et ils ne s'en privent pas, les bougres : pour le second morceau, inspiré par l'Afrique, Antonello Salis, introduisant entre les cordes de son piano sacs plastiques et baguettes de bois, transforme le noble instrument en une sanza géante dont il se joue avec malice, tissant un tapis de sons sur lequel se déploie la trompette de Fresu.
La complicité qui unit les trois musiciens est flagrante: ils jouent ensemble depuis 15 ans, et ça se voit, et ça s'entend…Leur maîtrise instrumentale époustouflante leur permet une liberté et une aisance qui font sonner la musique comme une évidence. Et pourtant, il n'est pas donné à tout le monde de marier au sein d'un même morceau tango et cha-cha , de détourner les contes d'Offmann ( Offenbach) à force de gargarismes, d'inclure dans le discours musical différents bruitages ( éructations, sifflements de Salis, enregistrements de téléphone mobile, papiers déchirés, frottements divers…), tout en privilégiant la mélodie et la recherche harmonique, le tout avec un son d'ensemble cohérent . Et en plus, ça balance : nul besoin de batterie pour installer le rythme, il est omniprésent dans le jeu de Paolo Fresu, de Furio Di Castri, et d' Antonello Salis. Lorsque celui-ci empoigne l'accordéon, on se rapproche de la Sardaigne et de ses musiques populaires, mais ce n'est qu'un prétexte pour de nouvelles errances.
Le public jubile, en redemande. Le premier rappel, joué d'une manière totalement acoustique est un hommage émouvant composé par Paolo Fresu le jour de la mort de Fellini, et permet d'apprécier un très beau chorus de Furio Di Castri, le second rappel replonge les auditeurs dans une musique lyrique et entraînante . Les mélodies resteront dans les mémoires, associées au souvenir d'une très belle soirée…
Longue vie à ce trio magique : quand un brin de folie vient s'immiscer dans une musique lyrique, élégante et raffinée, jouée par de tels instrumentistes, on ne souhaite qu'une chose: que le plaisir se renouvelle le plus souvent possible.

Patrice Boyer pour Macao



photos Dominique Rieffel  



 



 

 




 

liens:

http://www.antonellosalis.com/

http://www.paolofresu.it

http://www.furiodicastri.com

 

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